WAP… et les tubes sexy du rap US – Check

WAP… et les tubes sexy du rap US

1 septembre 2020

Yerim Sar

Le tube de Cardi B et Megan Thee Stallion affole les réseaux, déclenche des milliers de challenges Tik Tok, mais il n’est évidemment pas une exception à la règle, loin de là. Avec Yérim, on vous propose une petite anthologie du Rap US version sexy et « Women’s empowerment ».

WAP, le dernier single en date signé Cardi B en compagnie de Megan Thee Stallion s’est hissé sans souci à la première place des charts, battant même un petit record de rapidité selon le billboard (93 millions de streams en une semaine, personne n’a fait mieux en 2020), mais ça ne s’arrête pas là. Premier feat entre 2 rappeuses à démarrer direct en numéro 1 du Billboard Hot 100 et à démarrer aussi fort sur YouTube, numéro 1 le plus rapide sur Apple Music… ça ne rend pas le son meilleur mais si ça fait plaisir aux intéressées c’est déjà ça. Surtout, ça a engendré un partenariat entre les rappeuses, Twitter et Cash App pour offrir un million de dollars à des femmes (à raison de 500$ par tête) via les deux applications.

La recette est classique, les deux rappeuses jouent la carte des paroles explicites et ont dégainé un clip assorti, pour un succès commercial impressionnant. Au point que certains ont estimé que les lyrics allaient trop loin, que c’était choquant, que tout cela donnait un très mauvais exemple aux jeunes, et puis l’image de la femme, blablabla, vous connaissez la routine. Ce qui est vraiment étrange ce sont ceux qui feignent de découvrir le registre très cru du rap féminin US, alors que c’est loin, très loin d’être une nouveauté. WAP est juste le plus récent d’une longue lignée. Les rappeurs américains étant sans complexe dès qu’ils abordent la thématique du sexe, leurs collègues féminines se sont très vite adaptées en tournant la chose de leur point de vue, quoi de plus logique ? La preuve*.

Da Baddest Bitch

La taulière de Miami, malheureusement pas assez connue de ce côté de l’Atlantique. Dès son premier album, un seul slogan : « I’m da baddest ». Dans son single éponyme, elle axe son egotrip en partie sur son rapport au sexe. Et évidemment, ça nous donne des perles puisqu’elle doit prouver qu’elle est au-dessus de toutes les autres. La rappeuse commence classique : elle veut du bien membré (« no time for the little dicks »), veut détourner des pères de famille (« I wanna nigga with a wedding ring […] see I fuck him in the living room while his children ain’t home ») du moment qu’ils sont riches, se fout de la gueule de la famille en question jusqu’au bout (« I’d probably fuck your daddy if your mammie wasn’t playa hatin ») etc. Ensuite ça se corse un peu puisqu’elle assied (littéralement) sa position de supériorité en précisant qu’elle exige un cunnilingus même en période de menstruations (« I make him eat it while my period on »). Enfin, le dernier couplet encourage les femmes dans le besoin à suivre son exemple et « rentabiliser leur chatte » par tous les moyens. Ce qui engendre la rime la plus hardcore pour une rappeuse US à savoir « if I had the chance to be a virgin again, I’d be fucking by the time I’m ten » (« si je pouvais redevenir vierge, je commencerais à baiser à 10 ans »), car l’argent n’attend pas.

Seul bémol : Trina avoue avoir régulièrement tenté la sodomie sans y arriver et elle trouve ça dommage : « I never took it up the ass, often tried but I pass, and from what I heard it ain’t bad, I’m a curious bitch ». Personne n’est parfait.

Go to town

Moitié sexy moitié cartoonesque comme à son habitude, Doja Cat donne des instructions simples à ses prétendants potentiels pour un cunnilingus réussi. Avec pas mal de dérision, la rappeuse signe un hymne aux sexe oral féminin, en martelant tout au long du morceau qu’il ne s’agit pas d’un bonus ou d’un caprice : si l’homme ne veut pas se plier à l’exercice, elle n’est pas contente, donc ça dégage. Sans oublier le moment où elle ironise sur les prétentions des candidats avec le fameux : « he text me an eggplant, I text him a peanut » (« il m’a envoyé une image d’aubergine, je lui ai répondu avec une image de cacahuète »).

Wide Open

Chez LeShaun, l’inversion symbolique de l’image traditionnelle du rappeur-dragueur est assumée jusqu’au bout. Pour commencer, c’est elle qui s’affirme plus ou moins polyandre en décrivant le vaste choix d’amants dont elle dispose. Sauf que toutes les bonnes choses ont une fin, du coup elle s’emmerde un peu et part en chasse, à la recherche d’une nouvelle proie. Une fois qu’elle a jeté son dévolu sur un gentil petit gars, elle lui fait du rentre-dedans de manière un peu spéciale : elle lui détaille tout ce qu’elle lui fera, en lui promettant entre autres de « l’ouvrir en grand » et « le faire crier comme une salope ». On note aussi que le mec n’a pas plus de 17 ans, ce qui fait de LeShaun une sorte de Francis Lalanne inversé. Bref comme elle le dit elle-même : « my favorite part is the role reversal switch where I stick it in, dig it in as far as I can » (« mon moment préféré c’est quand on inverse les rôles et que je te l’enfonce aussi loin que je peux »).

D’ailleurs on a dit « polyandre » en début de paragraphe, et c’est une erreur car ça signifierait que LeShaun a plusieurs époux, or là elle a surtout plusieurs soumis et les jette sans états d’âme quand ils… tombent enceintes (« enceint »?).

Not Tonight

La version O.G de Go to town, en quelque sorte. Lil Kim revient sur plusieurs de ses amants qui ont chacun un défaut. L’un la fait jouir à peine deux fois sur dix, l’autre s’endort, et malgré le fait qu’elle les arnaque plus ou moins niveau cadeaux voire en les dépouillant pendant leur sommeil, elle est très déçue. Ce qui la convainc d’exiger désormais systématiquement une exploration très poussée de son intérieur par la langue de ces messieurs, ne serait-ce que pour compenser les éventuelles lacunes au lit. Bref comme elle le dit elle-même : « the moral of the story is this:
You ain’t lickin’ this, you ain’t stickin’ thi
s » (« la morale de l’histoire, c’est que si tu ne me lèches pas, tu ne me baises pas »). Tout simplement.

Work it

Bien que ce ne soit pas son plus coquin comparé à Sock it 2 me, One Minute Man ou d’autres, ce classique de Missy Elliott est un bon exemple. En effet, la quasi totalité des paroles détaillent son talent au lit, son appréciation des parties de jambe en l’air endiablées et son goût pour les tailles XXL. On a aussi un passage qui indique qu’elle fait boire sa cible pour qu’il la trouve encore plus belle et la confonde avec Halle Berry car comme l’a dit le poète « l’alcool ça rétrécit les mirettes donc ça amincit les silhouettes ». Mais surtout, ce tube est un intemporel qui est tellement rentré dans l’inconscient collectif US qu’il y a 2 ans, une gentille mère de famille bien blanche a fait le tour du web avec une vidéo où elle reprenait la chanson à la perfection. A l’occasion du Ellen Show, Missy lui a fait la surprise de débarquer pour rapper avec elle. Des bons moments pour toute la famille.

Tales From The Sexside

Place à un story telling en bonne et due forme. Ici, Choice nous décrit ses incroyables aventures. Conçue comme une sorte de série de contes de fée parodiques, l’écriture du morceau nous présente trois histoires différentes. Le point commun : ce sont des anecdotes de la vie sexuelle de rappeuse. Bien entendu c’est elle qui dirige tout et tout le monde, spécialement au lit. Et c’est ainsi que Choice détaille avec une satisfaction non dissimulée la fois où elle a dragué un homme qui lui plaisait, avant de l’entraîner dans un jeu un peu plus corsé : elle l’attache au lit avec des menottes, et là petite surprise. Le bonhomme se retrouve à hurler parce qu’elle a fait rentrer son godemiché dans le fondement : « stuck my dildo in his ass until his asshole bled, he was screaming like a bitch ». « Jusqu’à ce que ça saigne », ça ne s’invente pas.

WAP

Au vu de tout ça, WAP est-il le plus choquant ? Certainement pas. La différence se situe sans doute à un autre niveau : le degré d’exposition. Cardi étant devenue une star mondiale considérée à peu de choses près comme une icône pop, sans doute qu’une partie du grand public la prenait pour quelqu’un de plus lisse ; ce qui est déjà complètement con quand on prend ne serait-ce que deux secondes pour se renseigner. Toujours est-il que le clip a été relayé partout et certains se sont apparemment sentis provoqués. Notamment des Républicains, mais eux a priori, leur métier consiste à être outrés par un comportement anodin une fois par semaine, donc ça relativise. Ce qui est plus étonnant ce sont des réactions de vierges effarouchées parmi les fans de rap, voire des artistes du milieu (Cee-Lo Green, qui a depuis regretté ses propos).

Pourtant Cardi et son invitée Megan sont plutôt dans le descriptif et la blague graveleuse, pas vraiment dans le côté plus dur que d’autres de la liste pouvait avoir. Au final, les seuls qui avaient le droit de se sentir offensés étaient les autoproclamés bouffeurs de cul, fièrement représentés par Charlamagne tha god et blessés par la punchline de Meg sur le « bottom feeder ». Et eux aussi ont eu droit à des excuses. Happy End.

** à la base cet article date d’il y a 2 semaines, il était écrit pour un autre média qui l’a finalement refusé au dernier moment « parce qu’il y a trop de paroles de cul ». On dira ce qu’on veut sur les Belges mais ils ne paniquent pas tous les quatre matins pour des raisons douteuses. Ils ont la décence d’attendre qu’on les traite de pédophiles pour ça.

Yerim Sar

Yerim Sar, alias Spleenter, est l'homme de la situation, en toute situation.