Absolem « ryde » de Liège à Bruxelles – Check

Absolem « ryde » de Liège à Bruxelles

21 mars 2019

Léopold Darcheville

Avec « François d’Assise » et « Turbulences », deux clips à l’esthétique ultra soignée, Absolem se place sur la carte du rap jeu belge et défend son premier projet solo: « Ryde ». Membre du Hesytap Squad, Liégeois, glandeur et passionné, il nous raconte comment il en est arrivé là.

Les bonnes choses ne se perdent pas. « Mon accent liégeois revient quand je m’énerve », nous confie Absolem – qui tire son blaze de la Chenille dans « Alice aux pays des merveilles ». Et pourtant, ça fait trois ans que le rappeur habite à Bruxelles. Ce Liégeois d’origine et de cœur a déménagé dans la capitale pour commencer ses études à l’Ihecs (une haute école en presse et communication). « Mais en vrai, c’était pour le son haha. Il faut monter à BX pour les connexions, si tu veux aller plus loin dans la musique. »

Ses premières connexions, il les doit quand même à sa ville natale. Il rencontre Slyder au début de ses secondaires, et quelques années plus tard, ils forment Hesytap Squad. « Je suis en 5e ou 6e quand on officialise ça vraiment, avec nos premières dates de concert. Deux, trois ans après, notre premier projet sort le 6 octobre 2017 » « Pression », c’est 10 titres entièrement produits par Phasm – avec qui Abso a également sorti « Gucci Sushi » – dont un solo pour chaque rappeur, un feat avec Roméo Elvis, Primero et… Venlo.

Le plus grand rappeur belge (du haut de mon mètre 90, il a encore le luxe de me regarder de haut…) qu’on avait déjà rencontré dans le train a également sorti ses premières rimes dans la Cité ardente. « Place des Carmes, dans le centre-ville, tous les week-ends, on savait que ça rappait fort. C’était des putains de moments. C’est là qu’avec Slyder, on a rencontré Venlo. On a vite passé beaucoup de temps ensemble, c’est devenu un de mes meilleurs potes. » De là, nait une migration liégeoise vers la capitale. Absolem, Venlo, Slyder et Chami (son manager) ont tous bougé ensemble. Sans pour autant oublier la mère patrie. « J’ai toujours Liège dans le cœur. La famille, les potes d’enfance, les souvenirs, y en a trop là-bas ! Et puis, depuis que j’habite Bruxelles, ça me fait encore plus plaisir de revenir. »

Avec Dee Eye, combo gagnant

En septembre 2017, Slyder part en Uruguay pour plusieurs mois. Durant cette période, Absolem et Venlo taffent beaucoup ensemble. Et le feeling entre les deux rappeurs se ressent dans leurs morceaux. « On est complémentaire, on kiffe le son de l’autre, on s’invite aujourd’hui sur nos lives respectifs. Nos shows commencent à être bien rôdés ! » Le trait d’union entre les deux se nomme Dee Eye. Absolem l’a rencontré lors de l’enregistrement de « Pression » chez Phasm, c’était son coloc.

« Avec Slyder, on a directement vu que c’était un bosseur, qu’il voulait s’améliorer à fond. Vers décembre 2017, on a beaucoup bossé ensemble : Venlo, Dee Eye et moi. On se voyait tous les jours. L’alchimie s’est créée rapidement. Depuis que je le connais, je suis beaucoup plus productif. C’était logique qu’il produise mon projet solo. »

Et un peu plus d’un an après « Pression », « Ryde » est dispo sur toutes les plateformes comme on dit. Le nom du projet a été choisi lors d’un énième retour en voiture d’un concert. Abso passait plusieurs de ses sons et l’avis était unanime : ils étaient parfaits pour un délire d’écoute en caisse. « Mais « ride », c’est trop banal. On a donc remplacé le i avec un y et ça donnait bien graphiquement. S/o à Danshi Zen. Et puis, c’est un clin d’œil à Hesytap : remplacer des i par des y pour aucune raison valable ! »

Surtout, ne pas avoir de regret

Inconditionnel du turn-up, Absolem a voulu un peu plus se dévoiler dans son solo. La rime servant des propos plus intimistes, l’inspiration lui est venue de sa vie de tous les jours. Elle qui n’est plus totalement comme avant. « J’ai eu un déclic, je sais pas trop dire quoi. Mais je me suis ouvert les yeux et je me suis dit qu’il fallait arrêter d’être un jeune con. Il fallait arrêter de rien faire de mes journées. Aujourd’hui, mes journées sont remplies, je suis plus productif pour plein de trucs. Et surtout pour la musique. Je kiffe ça, donc autant le faire à fond ! J’ai pas envie de regretter des choses dans 10 ans. C’est maintenant qu’il faut se bouger. »

Au-delà de cette remise en question, il ne se donne pas de deadline pour réussir. L’envie existe, elle transparait dans sa musique. Mais qui sait ce qui arrivera demain ? Le rap sera-t-il toujours la musique populaire qu’elle est aujourd’hui ?  « Je sais en tout cas que je vais faire du son très longtemps. » Chaque jour, il s’étonne de ce qui lui arrive : il n’aurait jamais parié faire les Ardentes à 17 ans, ou la Cigale à Paris avec Venlo quelques années plus tard. « Je peux pas le nier, je sens que ça monte. Depuis que je m’investis plus, que j’y mets plus de temps, de sueur et d’argent, j’ai beaucoup plus de retours positifs. Ça me pousse à encore aller plus loin et donner plus de moi-même. » On attend donc la suyte…

Crédits photos : Louise Woestyne et TNF

Léopold Darcheville

Issu d’une « vraie » famille nombreuse, Léopold n’avait pas 10 ans quand il s’est mis à écouter du rap via ses grands frères. Son premier choc lyrical n’est autre que la track 18 de l’album « 2001 » de Dr. Dre. Après ses cinq années d’études à Louvain-la-Neuve où il passait ses soirées à agresser les DJs pour passer « un bon gros Fifty », Léopold a débarqué sur la capitale pour entamer sa vie professionnelle en tant que journaliste. Il occupe ses temps libres à jouer aux cartes et à savoir ce qui est enregistré sur la K7 du Roi Heenok.